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À Saissac, au fil de la lumière


Au petit matin, par une belle journée de janvier, le château quitte lentement son manteau de brume. Il le pose délicatement à ses pieds pour en recouvrir la plaine. Dans le Cabardès, grande région de la Montagne noire, fièrement juché sur l’adret*, le village de Saissac émerge des nuages et se révèle tel le rivage d’une mer laiteuse. Une immense étendue blanche coiffe alors toute la plaine.

Campé à 500 mètres d’altitude, dominant le Lauragais et le pays carcassonnais, Saissac s’éveille devant un panorama exceptionnel : au-delà de la plaine, la chaîne des Pyrénées se dessine nettement à l’horizon. Peut-être entendrez-vous « Gare ! Si l’on voit les Pyrénées, c'est que le temps va se gâter ». Certes, parfois, c’est vrai, mais mieux vaut ne pas se contenter du jeu de cache-cache des Pyrénées pour des prévisions fiables.

Sous une lumière printanière :

Puis un soleil estival :

Le château de Saissac est de ceux dont les seigneurs furent bienveillants et protecteurs à l’égard d’hommes et de femmes que l’on nomme aujourd’hui Cathares mais qui, en leurs temps, s’appelaient Parfaits, Bons hommes, Bonnes femmes… Pour l’Église, c’était des hérétiques : des gens qui posaient beaucoup trop de questions sur les dogmes et osaient aller jusqu’à proposer des éléments de réponse ! « Haro ! » crièrent les pouvoirs religieux et politiques de l’époque, qui expédièrent des hordes venues notamment d’Île de France remettre de l’ordre à grands coups de bûchers et d’épées. Le sang coula, la culture et l’esprit cédèrent presque entièrement, mais les forteresses traversèrent les siècles comme un dernier rempart contre l’oubli.

Nichée dans son écrin de verdure, sous l’œil aiguisé d’une jeune artiste à l’esprit libre, l’ancienne demeure de Bertrand de Saissac perpétue la mémoire :

Dans les ruelles minérales du village :

Sous une douce lumière automnale, répit au bord de l’eau.

L’hiver est de retour. De ses rayons changeants, le soleil a raconté le paysage au fil des mois en le baignant d’une lumière dont les tons varient sans relâche. Tout à l’ouest, avant de disparaître derrière les Pyrénées, il achève sa trajectoire dans une lueur ocre qui sied tant au Languedoc. Demain, il dira une autre histoire mais sans jamais dévoiler les secrets de cette vieille amie, cette Montagne noire qu’il éclaire depuis plus de 300 millions d’années.

Bon voyage.


*Le versant sud, ensoleillé.

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