Search

Jeux d’eau et reflets


Dans son reflet aquatique, la réalité se transforme, se déforme et se teinte de mystère. Le photographe opte pour un plan large ou un plan serré au gré de son inspiration. Tout dépend de ce qu’il désire montrer ou cacher.


Embarquons aujourd’hui pour un voyage au cœur de l’abstrait et naviguons de reflets en miroitements.


Dans la photo d’ouverture, j’ai opté pour un plan serré afin que l’image ne soit composée que de l’eau et du reflet de l’édifice. Le reste m’intéressait moins. L’architecte Frank Gehry a dessiné pour la fondation Vuitton, à Paris, un bâtiment moderne particulièrement photogénique. Le ciel se reflète sur les surfaces vitrées, qui, à leur tour, se reflètent sur un plan d’eau où elles se mêlent au ciel. Une légère brise créait une onde qui déformait suffisamment la réalité pour en créer une variation mais pas au point de la rendre illisible.


Voici un autre plan serré, aux Pays-Bas cette fois-ci, à Leeuwarden :

Le cadre me semblait trop chargé : des véhicules de toutes sortes, sans intérêt, aux teintes ternes ou criardes, étaient garés de part et d’autre du canal, la foule se pressait autour de nous, un vendeur de ballons attirait enfants et parents, les bras chargés de sacs aux tons mal assortis… Une cacophonie de couleurs terriblement disgracieuse. Après maintes hésitations et vaines tentatives, voyant que tout ce qui était au-dessus de l’eau ne donnait rien, je baissai les yeux et trouvai exactement ce que je voulais : à la surface du canal, se miroitait la flèche de l’église Saint-Boniface, le ciel et un soupçon de végétation. Il régnait la sérénité – trompeuse – que je recherchais et que seul un plan serré ferait ressortir. Un autre jour, d’une autre humeur, peut-être aurais-je privilégié le tumulte urbain ?


À Albi, j’ai opté pour un champ large car sous un certain angle, la chaussée qui barre le Tarn entre le Pont Neuf et le Pont Vieux brise le reflet des maisons de La Madeleine. Au pied de la chaussée, l’onde est forte et la surface de la rivière ne fait plus office de miroir d’eau.

En novembre, dans mon Nord adoptif, la lumière fait parfois défaut. L’ambiance est assurément différente, les réglages de l’appareil aussi. À Saint-Hubert, joli village de la province wallonne du Luxembourg, à la Saint-Hubert[*], c’est-à-dire le 3 novembre, et en la basilique Saint-Hubert, se déroule chaque année une bénédiction des animaux, à plumes ou à poils. Des amis très chers – dont je tairai le nom car vous ne me croiriez pas – nous ont conviés à cette cérémonie somptueuse. Quelle beauté que le son des cors résonnant dans l’édifice religieux ! Pour le déjeuner, un repas délicieux mais pantagruélique nous régala dans une auberge perdue en ces mystérieuses terres ardennaises. Une promenade digestive s’imposait ensuite. Il bruinait et le ciel, uniformément gris foncé, touchait terre. Le chemin bordait un lac dont les eaux, noires et parsemées de feuilles mortes, réfléchissaient la silhouette des arbres dénudés. Autre plan serré.

Parfois, nul besoin de s’éloigner pour rencontrer un reflet inspirant. Il suffit d’un café entre amis et d’une fenêtre bien située.

Restons dans l’abstrait, mais sans eau ni reflets, et glissons dans le monde onirique d’Ola Kolehmainen, un photographe finlandais que j’aime particulièrement : https://www.hartmannprojects.com/artists/ola-kolehmainen-biography/

http://www.galerieforsblom.com/artists/ola-kolehmainen?view=slider#21


Bon voyage !


—————————————— [*]Saint-Hubert est le patron des chasseurs et des Ardennes, mais aussi celui des mathématiciens, une compétence qu’il partage avec Sainte-Barbe. Si certains documents déclarent qu’Hubert de Liège est né à Toulouse, d’autres déclarent qu’il a vu le jour en Aquitaine : les deux sont vrais ! En effet, au moment de la naissance du saint homme, quelque part au VIIe siècle, Toulouse était la capitale du Royaume d’Aquitaine !

35 views
This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now