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« La plus gigantesque architecture »


Sous un pâle soleil d’hiver nos regards se posèrent pour la première fois sur les falaises d’Étretat. Debout, main dans la main, immobiles sur la plage de galets entre falaise d’aval et falaise d’amont, nous fîmes silence. Que dire qui ne risque de sonner creux ? Plutôt se laisser envahir par la beauté des lieux, se fondre dans un émerveillement serein puis relire les mots de Victor Hugo dans une lettre écrite à Adèle en 1835 :


« Ce que j’ai vu à Étretat est admirable. La falaise est percée de distance en distance de grandes arches naturelles sous lesquelles la mer vient battre dans les marées. J’ai attendu que la marée fut basse, et, à travers les goémons, les flaques d’eau, les algues glissantes et les gros galets couverts d’herbes peignées par le flot qui sont comme des crânes avec des chevelures vertes, je suis arrivé jusqu’à la grande arche, que j’ai dessinée. Il y a, à droite et à gauche, des porches sombres ; l’immense falaise est à pic, la grande arche est à jour, on en voit une seconde à travers ; de gros chapiteaux grossièrement pétris par l’océan gisent de toutes parts. C’est la plus gigantesque architecture qu’il y ait. Dis à Boulanger que Piranèse n’est rien à côté des réalités d’Étretat. » (En voyage. France et Belgique. Victor Hugo).


L’écrivain réalisa plusieurs dessins au crayon en ce 9 août 1835 :

(Image libre de droit tirée de Paris-Musées : https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/recherche?text=victor%20Hugo%20étretat)

(Image libre de droit tirée de Paris-Musées : https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/recherche?text=victor%20Hugo%20étretat)


Guy de Maupassant vécut de nombreuses années à Étretat, où il s’était fait construire une demeure : « La Guillette ». Dans « Une vie », l’écrivain décrit la falaise d’amont en ces termes :

« Une brise légère et continue, venant du large, effleurait et ridait la surface de l'eau. La voile fut hissée, s'arrondit un peu, et la barque s'en alla paisiblement, à peine bercée par la mer. On s'éloigna d'abord. Vers l'horizon, le ciel se baissant se mêlait à l'Océan. Vers la terre, la haute falaise droite faisait une grande ombre à son pied, et des pentes de gazon pleines de soleil l'échancraient par endroits. Là-bas, en arrière, des voiles brunes sortaient de la jetée blanche de Fécamp, et là-bas, en avant, une roche d'une forme étrange, arrondie et percée à jour, avait à peu près la figure d'un éléphant énorme enfonçant sa trompe dans les flots. C'était la petite porte d'Étretat. »


Du chemin des douaniers, la vue sur cet "éléphant énorme" était grandiose. Se découpant sur un ciel tourmenté, illuminées par quelques rayons, les falaises semblaient plus majestueuses encore.

Enfin, lorsque la lumière déclina peu à peu, les derniers rayons firent briller par endroits le sol siliceux.

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Pour retrouver les deux ouvrages mentionnés plus haut, rendez-vous sur le site Gallica, qui est un vrai trésor.

Voici :

« En voyage. France et Belgique » : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103018c.image

« Une vie » : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10407421/f9.item


Parmi les 14 visites thématiques que propose Paris-Musée, voici « Victor Hugo et l’océan – L’imaginaire des Travailleurs de la mer » :

https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/parcours-thematiques/victor-hugo-et-l-ocean

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