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Rêveries hivernales à Saissac


Toute à sa rêverie, la jeune femme contemple le village, ses toits de tuile, dont certaines cheminées laissent échapper des volutes de fumée, la Tour Laymone, l’église, puis le château, la plaine et, au loin, la chaîne des Pyrénées. Les vestiges du village castral, qui était en contrebas de la forteresse, sont invisibles. Cachés par la forêt, protégés par un manteau de végétation, ils sont pourtant bien là, proches de la Vernassonne, le ruisseau qui a creusé le ravin au fil des millénaires. Cet été, elle ira s’y promener pour le plaisir de passer sous la Porte de Toulouse et d’emprunter le chemin que foulaient autrefois les troubadours et ménestrels pour se rendre au château. Les seigneurs occitans étaient bienveillants à leur égard.


Deux fois par an, elle revient arpenter ces terres occitanes qu’elle connaît par cœur et qu’elle aime tant. C’est son pèlerinage, laïc et spirituel. Ces jours clairs où l’on voit si loin la fascinent.


Elle décide d’emprunter les ruelles escarpées menant à l’église et au château. La rue de Verdun serpente le long du flanc est du village. Au loin, les monts enneigés coiffent la Tour Laymone. Bonnet vissé sur la tête et blouson bien fermé, elle marche lentement. Le crissement de ses chaussures est le seul bruit qui parvient à ses oreilles. L’air semble immobile. Dans cette région battue des vents, c’est exceptionnel.

La croix occitane orne le portail d’une maison. Il ne manquerait plus que les villageois entonnent le Se Canto et le tableau serait parfait, pense-t-elle en souriant. Nous sommes bien au cœur de l’Occitanie et du Languedoc.

Seule dans ces artères minérales, elle goûte la sérénité de cette froide matinée de janvier. Le vieux village sommeille, engourdi par l’hiver, mais à midi la cloche de l’école puis les cris et rires des enfants le tireront de sa torpeur.


À l’angle de deux rues, se dresse une vieille bâtisse que l’on croirait tout droit sortie du Moyen-Âge. Sa tour échauguette, qui appartenait aux remparts, est un joyau.

Chemin faisant, la jeune femme gagne la porte d’Autan, où un chat vient à sa rencontre. Il entonne de petits miaulements de bienvenue, se frotte à ses jambes et la suit un instant avant de disparaître derrière un muret. Elle fait ensuite halte au lavoir. Autrefois, se tenait là une chapelle consacrée à Saint Ignace. Laissant ses doigts courir à la surface de l’eau glacée, elle songe à toutes les lavandières venues battre leur linge ici. Elle imagine les chants, les conversations, les tenues, les gestes répétitifs, le bruit mou du battoir frappant le linge, le frottement sur les crêtes de la planche à laver…

Elle gravit ensuite la colline jusqu’à l’Allée de la promenade, tout en haut du village, d’où celui-ci s’offre sous un autre angle. Là, assise sur un rocher de granit, elle contemple ce paysage fabuleux.

Au printemps ou à l’été, elle empruntera d’autres rues à la recherche de détails qui lui auraient échappé et redécouvrira pour la énième fois ce petit village du Cabardès fièrement accroché à l’adret.


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Poursuivez la découverte de Saissac et du Cabardès, région de la Montagne noire où se situe le village, à l’aide de plusieurs sites :

https://www.saissac.fr Les onglets « Le château » et « Les richesses »

http://www.tourisme-montagnenoire.com/decouvrir/incontournables/le-chateau-de-saissac (pour le château)

http://www.tourisme-montagnenoire.com/decouvrir/villages-de-caractere (pour les villages du Cabardès)

Pour les amateurs de documents d’archive, le site ci-après, tenu par Érick Fantin, photographe et passeur de mémoire saissagais, regorge d’informations : http://saissac.e-monsite.com/blog/le-vieux-village/

Et pour (re-)découvrir l’hymne occitan, poème de fin’amor écrit par un Béarnais – Gaston Phébus – au XIVe siècle, voici un article qui en retrace l’histoire en quelques mots et en traduit les paroles en français. https://occitanie-decouvertes.com/se-canto-hymne-de-loccitanie-2/

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